Série 2 (3/7)
Moi : En regardant les choses d’un point de vue fonctionnel, peut-on comparer ce qui se passe dans une IA récente dont les « structures neuronales » et les mécanismes d’attention sont appropriés et qui par ailleurs est « nourrie » avec une très grande quantité de données textuelles, peut-on comparer, donc, avec ce qui se passe pour un jeune humain qui baigne dans le langage depuis sa naissance et dont les liaisons neuronales s’adaptent au fur et à mesure pour comprendre ce langage, tandis qu’il acquiert et mémorise peu à peu le maniement de ce langage ?
Chat GPT : Oui — dans une certaine mesure, une comparaison fonctionnaliste tient. Mais elle a des limites assez nettes, et c’est là que ça devient intéressant.
- Le parallèle qui fonctionne
Du point de vue fonctionnaliste (au sens large de Hilary Putnam ou de Jerry Fodor), on regarde surtout les fonctions et les transformations d’information, pas la matière (neurones biologiques vs artificiels).
Sous cet angle, le parallèle est réel :
• Apprentissage par exposition
◦ enfant : immersion continue dans le langage
◦ IA : entraînement sur de vastes corpus
• Ajustement des connexions
◦ cerveau : plasticité synaptique
◦ IA : ajustement des poids dans un réseau de neurones
• Capacité prédictive
◦ enfant : anticipe mots, intentions, structures
◦ IA : prédit le mot suivant, puis des structures plus larges
👉 Fonctionnellement, dans les deux cas, on a un système qui internalise des régularités du langage et apprend à produire des énoncés cohérents. - Une différence décisive : l’ancrage dans le monde
Mais la symétrie se brise assez vite.
Un enfant :
• perçoit, agit, ressent
• associe les mots à des situations vécues
• apprend dans un monde partagé
Une IA textuelle :
• n’a pas d’accès direct au monde
• apprend à partir de traces linguistiques du monde
👉 L’enfant apprend ce dont parlent les mots
👉 L’IA apprend surtout comment les mots parlent des choses
C’est une différence majeure, souvent appelée le problème du “grounding” (ancrage du sens). - Une autre différence : la dynamique d’apprentissage
L’apprentissage humain est :
• continu, interactif, social
• guidé par des intentions, des erreurs vécues, des corrections
L’IA (dans sa forme classique) :
• apprend en grande partie hors interaction réelle
• puis est utilisée en phase séparée
Même si les choses évoluent (apprentissage par renforcement, interaction), la structure reste différente. - La question du « sujet »
Le fonctionnalisme tend à mettre ça entre parenthèses… mais ça revient vite.
Chez l’enfant :
• il y a un point de vue, une expérience
• une motivation à parler, comprendre, être compris
Chez l’IA :
• pas d’expérience vécue
• pas d’enjeu propre
👉 Fonctionnellement, certaines opérations sont comparables 👉 Mais l’architecture globale de l’agent ne l’est pas complètement. - Ce que la comparaison permet vraiment de voir
La comparaison est utile, parce qu’elle montre que :
👉 Une partie importante de l’apprentissage du langage peut être décrite comme extraction de régularités + ajustement d’un système
Mais elle révèle aussi que :
👉 Le langage humain n’est pas seulement un système de régularités c’est une pratique incarnée, sociale, située - Une position équilibrée
On pourrait dire :
• Oui, la comparaison est pertinente au niveau des mécanismes d’apprentissage
• Non, elle devient trompeuse si on oublie :
◦ l’ancrage dans le monde
◦ l’interaction sociale
◦ et la dimension vécue
Si tu veux prolonger, on peut examiner une question assez fine :
👉 est-ce que ces différences sont de nature (infranchissables), ou seulement de degré (que les IA pourraient combler) ?
Moi : Dans un autre chat, tu parlais de phénomène émergent …