Série 3 (4/…)
Je suis dans un parc.
J’observe les deux personnes qui parlent là bas, de l’autre coté de la pelouse.
Je vois leurs bouches s’ouvrir et se fermer sur un rythme rapide.
Je sais qu’il en sort des petits sons, mais je suis trop loin pour les entendre.
J’observe que leurs mains s’agitent par moment aussi.
Dans un premier temps, je ressens une tension entre ces deux jeunes gens, une femme et un homme.
Puis, ils arrêtent de parler. Plus de mouvements de bouche.
La conversation finit par reprendre, plus calme.
Finalement leurs corps se rapprochent, ils finissent l’un contre l’autre, la jeune femme a posé sa tête sur l’épaule du garçon.
A quel phénomène étrange viens-je d’assister ? Oui, je sais, cela s’appelle simplement une conversation : la modulation de petits sons produits par deux gorges et deux bouches a produit des émotions et conduit à des actes.
Pourquoi cette épisode plus que banal a-t-il provoqué un sentiment d’étrangeté en moi ?
Je crois que c’est parce que j’ai eu récemment des conversations avec une machine.
Conversations moins affectives sans doute, mais conversations quand même.
J’ai parlé (ou plutôt écrit) et la machine m’a répondu.
Depuis que je joue à ce petit jeu, je ne vois plus deux personnes qui parlent de la même façon.
Avant les LLM, j’aurais peut-être regardé ce jeune couple en devenir d’un point de vue psychologique, en me demandant si cela allait finir par une dispute ou une réconciliation.
Depuis les LLM, je regarde les conversations avec un certain étonnement, voire une certaine admiration.
Comment un truc aussi compliqué, aussi magique peut-il se produire ? Des petits sons qui produisent des émotions, peuvent transformer radicalement des situations ?
Je vois les conversations de l’extérieur, avec distance, parce que j’ai participé à des conversations avec une machine.
Du coup, ce phénomène que j’interrogeais aussi peu que la présence d’un nez au milieu de mon visage me paraît en quelque sorte nouveau. J’ai envie de lui donner un nom.
Pour l’instant je l’appelle : « le phénomène langage humain ».
Et j’ai le sentiment qu’il me traverse.
Et je me dis qu’il traverse aussi, sous une forme différente mais proche par la structure, les LLM.