Série 1 (5/10)


Non seulement, on n’oublie pas ici que les LLM sont hébergés par des machines, qu’il n’y a pas d’intention dans les productions de ces systèmes, pas de vécu subjectif et qu’ils n’ont rien à voir avec des êtres vivants, non seulement tout cela, donc, mais même on le souligne.
Parce que justement, c’est cela qui est intéressant et qui permet d’ouvrir une réflexion nouvelle.


C’est cela qu’il faut considérer : le propre de l’homme, le langage de type humain est devenu « mécanisable », c’est-à-dire possible à produire avec une machine numérique.
Il faut le prendre en considération, non pas pour dire « c’est formidable, quelle progrès technique ! », mais pour voir de quelle façon cela va changer notre manière de penser la réalité humaine.
C’est en tout cas ce qui m’intéresse personnellement.

Il y a de temps en temps des faits nouveaux dans l’histoire de l’humanité qui ouvrent des perspectives nouvelles et qui nous obligent à voir les choses autrement, à opérer des changements de paradigme au sens où Thomas Kuhn employait ce mot dans La structure des révolutions scientifiques.
L’histoire dira ce qu’il en est, mais il est fort possible que cet événement en fasse partie.
A force de le voir « de l’extérieur », c’est-à-dire produit par des machines, regarderons-nous demain notre propre langage de la même façon qu’aujourd’hui ?
Quelle est sa vraie nature, son origine fonctionnelle ? Est-ce totalement différent de ce qui se passe dans une machine qui fait tourner un LLM ?
Avec ce regard nouveau, pourrons-nous jouer avec les limites de ce langage d’une manière nouvelle ?
Je termine sur une citation de Georges Steiner :
« Inévitablement, “l’animal doué de langage », comme les Grecs anciens définissaient l’homme, habite les immensités limitées par les frontières des mots et de la grammaire.
Il est possible que la pensée soit en exil.
Mais si c’est le cas, nous ne savons pas, ou, plus précisément nous ne pouvons dire, de quoi elle est exilée. »

Les LLM sont enfermés dans les mêmes frontières, celles du langage. Mais on peut rêver, si on les utilise subtilement, qu’ils nous aident à repousser ces frontières ou à entrevoir quelque éclairage sur ces territoires inaccessibles desquels nous sommes en exil.