Série 1 (4/10)
La compréhension du langage naturel par des machines (dites douées d’intelligence artificielle) semble être passée comme une lettre à la poste pour un très large public.
Arrêtons-nous un instant sur ce point, et commençons par un effort d’étonnement. Après tout l’étonnement est le point de départ de toute vraie réflexion, comme le disait Socrate.
Depuis très peu de temps et on peut dire presque d’un seul coup, des machines viennent de se montrent capables d’une part de répondre à des questions posées en langage naturel et d’autre part de produire des réponses élaborées toujours en langage naturel. Pourquoi cela ne nous bouleverse-t-il pas plus que ça ?
On peut commencer par s’étonner du fait que ces capacités ne soient pas apparues plus tôt.
En effet la compréhension du langage naturel humain a fait l’objet de nombreux efforts et travaux.
Ce fut même l’un des objectifs principaux des débuts de l’intelligence artificielle depuis les années 60. De multiples stratégies ont été mises en place pour cela : nettoyage des mots vides, repérage des mots clefs, des règles de structure de phrase, enrichissement du lexique, …..
Parmi les outils interactifs, le programme Eliza a laissé un grand souvenir. Il était capable -en reconnaissant des formes de phrase et des mots clefs- de relancer un interlocuteur cherchant un soutien psychologique, le tout étant inspiré de la psychothérapie rogérienne.
Mais malgré ces efforts, la « compréhension » du langage naturel humain n’a pas été atteinte avant les LLM qui ont apporté un changement radical, un saut qualitatif fondamental.
A partir de 2018-2019, l’architecture des LLM a commencé à se dessiner avec Bert.
Les systèmes capables de comprendre, générer, dialoguer naturellement ont émergé durant l’année 2020 (GPT‑3), puis se sont démocratisés au second semestre 2022 via ChatGPT.
Pour le grand public, le phénomène a explosé, à partir de 2023 -2024.
Il s’est donc passé quelque chose d’énorme, autour de 2020. Mais quoi ?
Comment des machines capables de produire l’équivalent de la compréhension naturelle du langage, autrement dit de converser, ont-elles pu apparaître à ce moment-là ?
La conversation, c’était le propre de l’Homme avec un grand H, non ? La pierre de touche de l’humain… Cette fois c’est Aristote qu’on pourrait citer.
Je vais continuer à m’étonner. D’abord de ce fait. Et encore bien plus du peu d’étonnement que cela suscite chez ceux qui sont censés réfléchir.
Leur réponse habituelle est souvent : oui c’est bluffant, mais c’est normal, ces machines ont emmagasiné tellement de données, elles vont chercher le meilleur de ce qui a déjà été dit par des auteurs sur le sujet.
Cette réponse est tout à fait insatisfaisante. Et même carrément fausse.
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